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Le laboratoire - Laboratoire d'Océanographie de Villefranche-sur-Mer
Unité Mixte de Recherche 7093 – CNRS/UPMC

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Lettres Ecologiques

Les lettres écologiques sont destinées à rappeler quelques événements dans la vie des zoologistes qui ont travaillé à Villefranche-sur-mer,  leurs  découvertes et les méthodes qu’ils ont utilisées à la fin du 19ème  et au début du 20ème siècle.

 

Lettre écologique 1:

L'Anchinie, une ...

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Effectifs du LOV - Décembre 2016 (80)
  • Personnel statutaire (50)

- 32 Chercheurs et Enseignants Chercheurs

- 18 personnels techniques et administratifs

  • Personnel non statutaire (37)

- 10 Post-doc

- 7 CDD

- 13 Doctorants

Lettre Ecologique Optique 2 - Les débuts de l’optique marine à Villefranche-sur-mer

 

La première étude de propriétés optiques de la mer qui ait été faite dans la rade de Villefranche, date de 1885. C’est un zoologiste, Hermann Fol, qui a organisé cette opération.

Pourquoi un zoologiste s’intéresse-t-il à la lumière dans la mer ? On va voir que c’est en fait le hasard des rencontres qui va situer l’étude à Villefranche-sur-mer.

L’obscurité des profondeurs a toujours inquiété les navigateurs. Des animaux fantastiques doivent y habiter, en particulier le poulpe que Victor Hugo appellera « pieuvre », les calmars géants, le roi des harengs aussi, mais il y a quelque part, dans un lieu que personne n’a encore situé sur une carte, le royaume des sirènes, éclatant de lumière. Il n’est pas étonnant que l’on ait cherché à estimer l’épaisseur de la couche éclairée dans la mer ou dans les lacs, d’autant plus que l’on pense déjà qu’elle conditionne la répartition des végétaux et aussi celle des animaux.

 

La profondeur à laquelle disparaît un objet

On connait bien le célèbre disque de Secchi, et peut-être aussi l’expérience qui l’a révélé.

En avril 1865, un jésuite, le père Secchi, directeur de l’observatoire du Vatican, monte à bord d’un navire à quai à Civita Vechia, l’ Immacolata Concezione. Il est accueilli par le commandant Cialdi qui lui montre le matériel fabriqué selon ses indications. En effet, toutes sortes de disques de couleurs et de diamètres différents, sont déposés à l’avant du navire, avec le cordage qui permettra de les suspendre dans la mer. On a pris aussi, pour la qualité du blanc de leur surface, une assiette de faïence de 43 cm de diamètre et un grand disque de plus de 2 mètres de diamètre (2,37 m ) en toile à voile, recouvert de céruse pure pour qu’il soit très blanc. Cette expérience a été maintes fois racontée. Elle va permettre de proposer un outil pour estimer la transparence de l’eau. Le fameux « disque de Secchi » permettra finalement une estimation, bien que peu précise, de l’épaisseur de la couche euphotique dans une masse d’eau. (1)

Quelques années plus tard, François Alphonse Forel, professeur de zoologie à l’université de Lausanne (2), répète dans le lac Léman les expériences des deux italiens. En 1873, la question est toujours la même, mais Forel veut faire des comparaisons entre les lieux, entre les saisons, entre les aspects du ciel, pour identifier les conditions qui font varier cette profondeur. Le lac Léman est un lieu parfait pour les essais. C’est une petite mer dont la profondeur atteint, quand même, 309 m. Notre naturaliste met toutes les chances de son côté pour obtenir une valeur précise de la transparence des eaux du lac.

« Forel adopte un disque blanc mat ou une assiette de faïence blanche de 25 à 30 cm de diamètre suspendu à une corde de 20m de long graduée de mètre en mètre, et, afin de n’être pas troublé dans son observation par la lumière et les reflets du ciel, il s’abrite sous un parapluie foncé ou entoure sa tête d’un voile noir, et regarde à travers un petit tonneau ou une caisse en bois défoncée qui arrête les vibrations de la surface de l’eau» (3)

Le disque disparaît à une profondeur de 5,7 m en août et 15,7 en mars, plus profondément, au centre du lac, que sur ses bords ; « la limite de visibilité moyenne est de 6,6 m en été et de 12,7 en hiver ; jamais elle n’a dépassé 27m. »

Forel, qui a examiné le lac sous tous ses aspects, va bientôt créer le terme de « limnologie », pour désigner l’ensemble des disciplines appliquées aux eaux douces.

On a constaté que la profondeur de Secchi donne une approximation facile à obtenir de l’épaisseur de la couche euphotique ; mais les physiciens n’aiment pas ces mesures empiriques et approximatives (4). En effet, si on veut estimer la quantité de lumière qui arrive à une profondeur donnée, le disque de Secchi n’est pas suffisant. Il faut faire une mesure sous l’eau.

On sera bientôt dans la rade de Villefranche.

 

La profondeur d’extinction de la lumière solaire

Forel avait immergé, en 1871, une bouteille de verre blanc contenant une solution de chlorure d’argent ou une feuille de papier imprégné de sel albuminé et de nitrate d’argent. Il trouvait que la limite de sensibilité du sel d’argent à la lumière se rencontre à 100m en hiver et 45m en été. Mais, les sels d’argent et l’oeil humain ne sont pas sensibles à la même partie du spectre lumineux. On parlera alors de transparence « actinique ».

La feuille de papier de Forel fait penser, bien sûr, aux plaques photographiques qui viennent d’être inventées par le chimiste belge Désiré van Monckhoven. On verra Le Dr. Asper utiliser en 1881, dans le lac de Zurich, ces plaques au bromo-iodure d’argent. Il les dispose en chapelet sur une ligne verticale et finalement il montre que la limite d’impression par la lumière se trouve à 160m.

Les suisses, méticuleux et organisés, veulent d’autres observations et, surtout, comprendre le phénomène. En 1883, la Société de physique et de sciences naturelles de Genève crée alors une commission dont le but est de faire des travaux sur la couleur et la transparence des eaux du lac de Genève. On doit étudier, par exemple, les conditions de disparition de l’image d’une lampe immergée et l’atténuation nette et diffuse de lumières de couleurs différentes.

C’est dans cette commission, qui est un échantillonnage des disciplines enseignées à l’Université, que l’on trouve Hermann Fol, avec d’autres zoologistes, des botanistes et des physiciens, notamment Edouard Sarasin (5).

On peut penser que Fol et Sarasin ont eu l’occasion de parler de la Méditerranée, de la transparence de ses eaux, et surtout du laboratoire de Villefranche, dont Fol est particulièrement fier. Il en est le directeur adjoint. Mais, Sarasin est peut être déjà venu à Villefranche en 1882.

Ne pourrait-on pas être les premiers à mesurer la profondeur d’extinction de la lumière en Méditerranée, en immergeant une plaque photographique au large de la rade, et ainsi établir un record ?

Dans le cadre des projets de la commission, Fol fait construire par la Société genevoise d’instruments de physique un appareil qui doit permettre d’exposer une plaque photographique dans la profondeur du lac.

La figure 1 montre l’appareil. C’est une boite plate contenant la plaque photographique en position horizontale, recouverte par deux obturateurs métalliques coulissants qui l’abritent de la lumière. Elle est attachée à un câble et un plomb de sonde fixé sous l’appareil maintient le dispositif fermé. Dès que le plomb touche le fond, les obturateurs s’écartent et découvrent la plaque photographique. A la remontée, le plomb tend la ligne et permet aux obturateurs d’occulter la plaque photographique. Bien-sûr il faut, à l’avance, mesurer la profondeur du fond, et utiliser pour tous les essais le même temps d’exposition, 10 minutes. On révèlera chaque plaque pendant 10 minutes, dans un bain d’oxalate de fer.

 

 

Figure 1: Appareil permettant d’exposer une plaque photographique en profondeur

A- L’appareil à la descente. Le poids de sonde qui tend le câble, le maintient fermé.

B- Lorsque le poids touche le fond, le système s’ouvre et expose la plaque à la lumière. La longueur du cordage entre l’appareil et le poids permet de le placer à la profondeur désirée (6).

 

Les premiers essais sont faits dans le lac de Genève. Le 18 mars 1885, Fol et Sarasin louent les services d’un de ces bateaux à vapeur qui naviguent sur le lac. Forel les accompagne et donne certainement des conseils. L’appareil marche parfaitement et les résultats confirment les observations de Forel.

Sans délai on prépare les essais en Méditerranée. C’est tout proche. De Genève on peut atteindre Nice et la Méditerranée en 21 heures. Là bas, on peut aussi obtenir l’aide d’un des navires de la marine française qui stationnent dans la rade.

Le 25 et 26 mars 1885, l’appareil est mis à l’eau sur l’aviso l’Albatros, au large du cap Ferrat sur des fonds de 400 à 600m. Avec les plaques, Monckhoven au gelatino-bromure d’argent rapide, on trouve que la limite de la pénétration de la lumière actinique est de 400m (7). Fol et Sarasin annoncent les résultats dans les Comptes rendus de l’Académie des Sciences de Paris (8).

Au printemps suivant, les deux suisses reviennent à Villefranche avec des plaques Lumière extra rapides pour étudier, cette fois, la variation de la profondeur d’atténuation au cours de la journée. Ils ont fait fabriquer plusieurs appareils qui sont plus simples, et que l’on peut disposer les uns au dessus des autres, comme l’a fait Asper.

 

 

Figure 2 : Deux appareils simplifiés pour exposer une plaque photographique à une profondeur déterminée.

En haut, l’appareil est ouvert, l’obturateur s’est retiré parce que la ligne n’est plus tendue.

En bas, lorsque la ligne est tendue à la remontée, l’obturateur est replacé sur la plaque. La boule de verre dans un filet est destinée à soulager chaque appareil du poids de ceux qui sont en dessous.

 

Fol et Sarasin embarquent sur l’aviso le Corse. Au large du Cap de Nice, ils immergent, sur des fonds de plus de 500m, un chapelet d’appareils, chacun portant une plaque photographique. L’expérience confirme que la profondeur d’atténuation se trouve vers 400m, mais l’on constate que la durée d’éclairement pendant la journée ne diminue pas avec la profondeur. Par exemple, à 300m, un objet est illuminé tant que le soleil est au-dessus de l’horizon, et même, à 350 m la lumière arrive pendant 8 heures par jour (9). L’ensemble des résultats sera publié dans les Mémoires de la Société de physique et d’histoire naturelle de Genève la même année (10).

 

Un appareil plus perfectionné

Ces appareils ont un handicap, le déclenchement de l’ouverture par le poids de sonde qui doit toucher le fond. Les mesures ne peuvent être faites qu’à proximité de la côte. L’ingéniosité suisse permet à la Société genevoise d’instruments de physique, de construire un appareil muni d’un mouvement d’horlogerie. Le mouvement fonctionne comme celui d’une horloge, avec un poids et un régulateur. Un messager coulissant sur le câble auquel on a suspendu l’appareil met en marche le mouvement qui fait alors tourner horizontalement un disque percé d’une ouverture au-dessus de la plaque photographique. La taille de l’ouverture fixe alors, à l’avance, le temps d’exposition (11).

 

Figure 3 : Appareil permettant d’exposer une plaque photographique au large sur de grands fonds. Le poids qui coulisse dans le tube actionne un mouvement qui fait tourner l’obturateur au-dessus de la plaque photographique et détermine le temps d’exposition.

 

En 1887, les essais au large de Villefranche seront faits sur le navire à vapeur qu’Hermann Fol a récemment acheté et nommé Amphiaster.

Le long tube guide le poids et évite qu’il ne se balance, mais le frottement contre la paroi et l’effet du roulis du navire doivent gêner la marche régulière de l’appareil et limitent certainement les opérations aux jours de calme plat. On ne connaît pas les résultats des essais.

A cette époque, Fol invite le Prince Albert Ier de Monaco à venir à son bord, afin qu’il puisse tester les appareils construits pour sa prochaine campagne.

 

D’autres mesures de lumière en Méditerranée.

Vers 1884, il n’y avait, en Méditerranée, que deux lieux où l’on puisse étudier confortablement la mer et les espèces qui la peuplent, le plancton et le benthos. C’est à Naples et à Villefranche. Messine, n’est plus, maintenant la destination hivernale privilégiée des naturalistes.

Il n’est pas étonnant qu’à Naples on ait eu envie de mesurer la profondeur d’extinction de la lumière puisqu’on s’intéresse à la distribution verticale des animaux planctoniques. Carl Chun, zoologiste, spécialiste des cténophores, se trouve à la Station pendant l’été avec l’ingénieur Eugen von Petersen. Il connaît les travaux de Forel, et aussi ceux de Fol et Sarasin à Villefranche publiés dans le CR de l’Académie des Sciences en 1885.

A la demande Carl Chun, Petersen va construire un appareil pour exposer une plaque photographique en profondeur, qui s’inspire du système de renversement imaginé par Negretti et Zambra pour leur nouveau thermomètre. L’appareil possède une hélice qui en tournant relève une chevillette qui laisse alors basculer le cache de la plaque photographique. Ayant amené l’appareil à la profondeur voulue, il suffit de remonter l’appareil d’un mètre pour actionner l’hélice (12).

 

Les deux allemands se rendent avec le bateau à vapeur de la station, le Johannes Müller, au large de Capri (13). Ce bateau à un treuil et du câble. L’appareil est donc immergé à 150 m, puis à 250 m. L’exposition dure un quart d’heure. Chun observe qu’il y a assez de lumière à ces profondeurs pour impressionner la plaque photographique. Il publie les résultats, mais il rapporte aussi des observations faites sur ses conseils, après son départ, par Petersen. Celui-ci a constaté, le 10 novembre à midi, par ciel clair que la plaque photographique était encore impressionnée à 500m (14). C’est une profondeur d’extinction bien supérieure à celle obtenue par Fol et Sarasin à Villefranche.

Hermann Fol ne peut pas accepter que son record de profondeur soit battu. Il connaît lui aussi la station de Naples et rédige une critique sévère de l’appareil utilisé et du mode de travail sur le bateau de la station :

« De plus, l’équipage du Johannes Müller, bateau à vapeur de la station de Naples, ne sait pas manier un câble sans le rompre (c’est M. Chun qui le dit). Les expériences ont donc été faites avec un câble en chanvre ; or il est connu que la dérive et les courants ont assez de prise sur ce genre de cordage pour lui imprimer, à l’insu de l’opérateur, une inclinaison qui ôte toute valeur aux mesures obtenues » (15).

 

Hermann Fol est familier des controverses scientifiques et des joutes par publications interposées. On ne sait pas si Chun a répondu. La profondeur est mal déterminée, c’est probable, mais l’appareil est mal conçu. En effet, il maintient la plaque photographique verticale pendant l’exposition.

 

Plus tard :

Hermann Fol a d’autres projets. Il prépare une expédition autour de la Corse avec Barrois. Ce sera une mission difficile. Il espère aussi avoir une aide du Gouvernement français pour aller jusqu’en Tunisie. Il a fait construire un nouveau navire, l’Aster, mais il disparaîtra en Atlantique.

Les essais de Fol et Sarasin ont été oubliés.

Maintenant, l’étude des propriétés optiques de la mer est entre les mains du Prince Albert 1er. Il a décidé, en 1884, de faire progresser la connaissance des océans et il a su attirer sur son navire des spécialistes de la physique, de la chimie, de la zoologie et de la physiologie (16). Mais aussi, parce qu’il a compris que les découvertes dépendaient du matériel, il fait construire de nouveaux appareils comme par exemple pour étudier la lumière, un photométrographe pour Paul Regnard, son camarade de collège, mais aussi un spectrographe pour Berthel et un photomètre pour Ewald et Grein (17) et bien d’autres encore. Le Prince établit progressivement les bases d’une nouvelle discipline, l’Océanographie.

 

Quels documents a-t-on conservé à Villefranche ?

Pratiquement rien. L’article de Chun. Fol et Barrois ont probablement retiré de la Bibliothèque leurs livres et tirés à part, lorsqu’ils ont quitté la Maison Russe.

Les appareils de Fol et Sarasin ont disparu. Ont-t-il été rapportés à Genève par Sarasin ou bien conservés par Fol ? Mystère !

Heureusement, le Prince Albert 1er a fait reconstruire les appareils, et le Musée Océanographique de Monaco conserve un exemplaire des trois types d’instruments essayés en Méditerranée par Fol et Sarasin, comme aussi celui de Petersen (18).

 

Nouvelles tentatives pour étudier, à Villefranche, la physique de la mer

La zoologie a repris son cours, mais le laboratoire dirigé par Michael Davidoff, puis par Grégoire Trégouboff, reste une maison accueillante pour toutes les disciplines.

Il y aura quelques tentatives d’enregistrement de la température dans la rade par Idrac en 1930, puis, en 1949, par Romanovsky. Il a pour patron de thèse le professeur Bourcart de la Faculté des Sciences de Paris, qui occupe, tous les étés, à Station zoologique, une petite pièce dans la Vieille Forge et consacre son temps à l’étude de l’eau de mer, des sédiments et aussi de la bathymétrie de la rade.

L’optique marine prendra enfin une place stable à Villefranche en 1966, lorsque Alexandre Ivanoff, nommé professeur à la Faculté des Sciences de Paris en 1961, installera une annexe de son laboratoire parisien dans l’ancienne caserne qui borde la Darse. On verra alors se construire plusieurs instruments sous-marins modernes. Le photomètre de J.P. Bethoux, le quantamètre de L. Prieur, le spectro-irradiance-mètre de A. Morel dont il y aura d’ailleurs deux versions.

 

P. Nival, mai 2015

 

Notes et Références

(1) - Une relation statistique donne, à partir de la profondeur mesurée (Zsecchi), une estimation de l’épaisseur de la couche euphotique (Ze). Cette dernière est définie par la profondeur à laquelle on trouve 1% de la lumière de surface :

Ze = c . Zsecchi où c est approximativement 3 (2,86) in Frontier et al. 2004 Ecosystèmes Structure, fonctionnement, évolution. 549 p., Dunod, pp 33-34

Inversement, on a pu calculer, à l’aide des mesures satellitaire SeaWIFS, la profondeur attendue du disque de Secchi (Nichols C.R., Williams R.G. (2009) Encyclopedia of Marine Science, Facts on File, p 485.

 

(2) - Forel François Alphonse (1841-1912) est un naturaliste qui a fait ses études à Genève, Montpellier, Paris et Würtzburg. S’il enseigne la zoologique et l’anatomie comparée à la Faculté de Lausanne, dès 1869, cela ne veut pas dire qu’il est enfermé dans cette discipline. En effet, à cette époque les naturalistes s’intéressaient à tous les éléments de la nature. Leur compétence couvrait aussi bien les plantes et les animaux que les roches. Ils vont sur le terrain et se constituent des collections. Il n’est pas étonnant que Carl Vogt, zoologiste, ait été nommé professeur à Genève pour enseigner la géologie. F.A. Forel a concentré son attention sur les lacs et créé le terme de Limnologie.

 

(3) - Thoulet J. (1890) Océanographie (statique), Chap. V. Propriétés optiques:, Librairie militaire de L. Baudoin et Cie, Paris, 390 p., (exemplaire du Laboratoire Russe de Zoologie: EIII, THO).

C’est probablement le premier manuel d’océanographie en français. Il est en deux volumes : Océanographie (statique), Océanographie (dynamique). Julien Thoulet (1843-1936) était professeur à Nancy, mais il avait fait des campagnes en mer et des missions à l’étranger. Il avait aussi donné des cours à des officiers de marine détachés à l’observatoire de Montsouris à la demande de l’amiral Mouchez.

Il écrit en 1890 dans la préface de son traité :

«Par une curieuse anomalie, l’océanographie n’a pas été aussi cultivée en France qu’à l’étranger où on la considère comme utile et même indispensable, soit au point de vue pratique soit au point de vue théorique. Aucun traité n’est écrit en langue française sur ce sujet, j’ai voulu combler cette lacune. »

 

(4) - Le disque de Secchi n’est pas mort. Il est présenté dans presque tous les manuels d’océanographie anglo-saxons et sur le web. L’université de Plymouth propose aux navigateurs de participer à une opération « Secchidisk » dans l’océan mondial :www.secchidisk.orgNouvelle fenêtre ). Il a l’avantage de ne pas être très cher à fabriquer, mais l’information qu’il donne est très pauvre si on la compare à celle fournie par les photomètres modernes.

 

(5) - Composition de la commission de la Société de physique et de sciences naturelle de Genève est la suivante: Phil. Plantamour, J.L. Soret, Luc. de la Rive, Ch. de Candolle, Ed. Sarasin, Hermann Fol, R. Pictet, A. Rilliet, Ch. Soret.

 

 (6) - Carpine C. (1987) Catalogue des appareils d’océanographe en collection au Musée océanographique de Monaco. I. Photomètres ; 2. Mesureurs de courant. Bulletin de l’Institut Océanographique, Monaco, 73 (1437), 144 p.

 

(7) - in Thoulet J. (1890) Expériences des savants suisses, Océanographie (statique), pp. 390-397

 

(8) - Fol H. , Sarasin E. (1885) sur la pénétration de la lumière dans les eaux de la mer. Comptes Rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des Sciences. 100 (15), pp. 991-994.

 

(9) - Fol H., Sarasin E. (1886) Sur la profondeur à laquelle la lumière du jour pénètre dans les eaux de la mer à diverses heures du jour. Comptes Rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des Sciences , 102 (18), pp 1014-1017.

 

(10) - Fol H., Sarasin E. (1887) Pénétration de la lumière du jour dans les eaux du lac de Genève et dans celles de la Méditerranée. Mémoires de la Société de physique et d’histoire naturelle de Genève, 29 (13) 18p.

 

(11) - d’après Carpine C . (2002), p. 141-157, in Un monde sans soleil…, chap. 7, La pratique de l’Océanographie au temps du Prince Albert 1er, 331p, Musée Océanographique, Monaco.

 

(12) - L’appareil de Petersen se trouve dans les archives du Musée océanographique de Monaco (p. 24 in Carpine C. (1987) Bulletin de l’institut océanographique, Monaco, 73, 1437 )

Il a fallu beaucoup d’ingéniosité pour arriver à mesurer la température de la mer en profondeur, puisque l’eau y est plus froide qu’en surface. Negretti et Zambra ont inventé un thermomètre que l’on renverse à la profondeur choisie pour la mesure. Le résultat est que la colonne de mercure se casse, mais le volume de mercure ainsi isolé est proportionnel à la température in situ. Des abaques permettent de retrouver la température à la profondeur du renversement.

Le thermomètre est monté sur un cadre qui bascule lorsqu’un taquet est libéré par la rotation d’une l’hélice. Il suffit pour cela de remonter l’appareil de quelques mètres pour que l’hélice tourne dans le bon sens. Pour apprécier le progrès qui a été fait avec ce thermomètre, il faut connaître la méthode qui a été employée en 1809, par Péron et Lesueur, pour mesurer la température dans la baie de Nice. C’est une autre histoire.

Plus tard, le thermomètre de Negretti et Zambra a été monté sur des bouteilles à renversement. Puis une seule bathysonde a remplacé plusieurs thermomètres à renversement qui, abandonnés, se sont réfugiés dans des placards. Certains ont été conservés dans les archives de l’OOV. On peut voir un système de renversement à hélice près du secrétariat du LOV dans le bâtiment des galériens de Villefranche.

 

(13) - Anthon Dohrn, directeur de la Stazione Zoologica de Naples, a une maison dans l’ile de Capri, où sont aussi hébergés quelques zoologistes. Plusieurs travaux sont donc effectués au voisinage de cette île.

 

(14) - Carl Chun, qui a quitté la Station zoologique de Naples le 17 octobre 1886, a demandé à Petersen d’exposer, en son absence, une plaque photographique pendant une demi-heure, à 500m et à 550 m. L’expérience a été faite le 10 novembre 1886 autour de midi, par ciel clair (Chun C., 1887, Die pelagische Thierwelt in grösseren Meerrestiefen und ihre Bezihungen zu der Oberflächenfauna. Verlag von Theodor Fischer, Cassel. BV CHU. IB 12416)

                

(15) - in Carpine C. (2002), p145 : Fol H. (1889) Expériences photographiques sur la pénétration de la lumière dans la mer. Revue suisse de photographie, 1, pp102-106.

 

(16) - pour comprendre les motivations, la curiosité et l’engagement du Prince Albert 1er de Monaco pour la mer, il faut lire l’ouvrage suivant, construit par J. Carpine à partir des écrits du Prince :

« Albert 1er, Prince de Monaco, des Âœuvres de science, de lumière et de paix » (1998) 205 p.

 

(17) - in Carpine C. (2002), note 1, ou Carpine C. (1987) note 6.

 

(18) - On peut trouver des photographies ou des dessins de ces instruments dans les ouvrages suivants :

Carpine C. (1987) Bulletin de l’Institut Océanographique, Monaco, 73, n°1437

Carpine C. (2001) La pratique de l’Océanographie au temps du Prince Albert 1er, 331p, Musée Océanographique, Monaco.

ou bien sur le site de la NOAA.

 

http://www.photolib.noaa.gov/htmls/ship4002.htmNouvelle fenêtre

et aussi 4003Nouvelle fenêtre, 4004Nouvelle fenêtre, 4005Nouvelle fenêtre

 

Fol n’avait pas imaginé une telle publicité !!