Aller au contenu Aller au menu Aller à la recherche

Le laboratoire - Laboratoire d'Océanographie de Villefranche-sur-Mer
Unité Mixte de Recherche 7093 – CNRS/UPMC

Tutelles

UPMC

UPMC

CNRS

Lettres Ecologiques

Les lettres écologiques sont destinées à rappeler quelques événements dans la vie des zoologistes qui ont travaillé à Villefranche-sur-mer,  leurs  découvertes et les méthodes qu’ils ont utilisées à la fin du 19ème  et au début du 20ème siècle.

 

Lettre écologique 1:

L'Anchinie, une ...

» En savoir +

Chiffres-clé

Effectifs du LOV - Décembre 2016 (80)
  • Personnel statutaire (50)

- 32 Chercheurs et Enseignants Chercheurs

- 18 personnels techniques et administratifs

  • Personnel non statutaire (37)

- 10 Post-doc

- 7 CDD

- 13 Doctorants

Lettre Ecologique n°1- L'Anchinie

Episode 5 - L’animal planctonique étrange dans les années 2000. Comme le monstre du Loch Ness, l’anchinie disparaît pendant quelques années.

 

Que sont devenues les deux espèces, Anchinia rubra et Dolchinia mirabilis, depuis 1891 ? On n’en parle plus pendant presque 10 ans.

 

Voilà que lors d’un séjour à Naples, pendant l’hiver 1903, Korotneff retrouve un tube de dolchinie. Encore du nouveau :

« Mon étonnement fut grand quand je constatais que quelques tronçons de la Dolchnia que j’ai trouvée dernièrement à Naples possédaient des zoïdes différents de ceux que j’avais observés précédemment … » (13).

Il fait une nouvelle analyse détaillée des formes morphologiques, et évoque encore une fois le déplacement des bourgeons, mais avec plus de détail :

« Le mouvement de ces bourgeons se produisait à l’aide de cellules spéciales dont l’existence et le rôle furent démontrés par Barrois et moi. Dans une communication préliminaire et récente j’ai signalé ces cellules sous le nom de phorocytes (« cellules porteurs »). Mes dernières recherches m’ont démontré que le caractère des cellules qui prennent part à la fixation des bourgeons est bien spécifié : les phorocytes ne servent qu’à les transporter, mais pour les fixer dans un certain endroit, il s’y trouve d’autres éléments (haptocytes). » (14)

Il fait remarquer ensuite que les bourgeons produisant des individus sexués sont transportés sur le pédoncule de fixation des individus nourriciers comme on le voit chez la doliole, et il affirme la proximité phylogénétique des deux genres, Dolchinia et Doliolum. La revue de la Stazione Zoologica publiera son article, rédigé en français en 1904 (15). Korotneff révèle dans une courte note que Salvatore Lo Bianco, le préparateur de la Station de Naples, lui a dit n’avoir vu ces tubes de dolchinie qu’une seule fois depuis 1891.

On peut rappeler la première phrase de l’article que Korotneff a écrit en 1891 « N’est-il pas étonnant qu’une forme aussi considérable que celle qui fait l’objet de notre étude ait pu échapper à l’investigation des observateurs » (16), est une énigme, ou bien la démonstration de l’effet réverbère.

 

On retrouve Korotneff au Congrès International de Zoologie de 1904 qui se tient à Berne. Il y présente à nouveau Dolchinia. La même année, il commente encore le polymorphisme des bourgeons de cette espèce dans la revue allemande Biologische Centralblatt (17).

La dolchinie a été plusieurs fois vue dans le golfe de Naples, mais voici qu’on la capture dans la rade de Villefranche cette année là. Korotneff a terminé la rédaction du manuscrit qu’il doit envoyer à Dohrn à Naples, lorsqu’on lui apporte un morceau de dochinie. Il n’a pas le temps de l’étudier en détail, aussi il ajoute la phrase suivante à la fin de son texte: « Tout récemment, quand ces lignes étaient déjà tracées, les pêcheurs de Villefranche m’ont apporté un long tronçon de Dolchinia mesurant 45 cm » (18).

Depuis 1904, plus de nouvelles de ces espèces en Méditerranée. Ont-elles disparues avant d’être complètement décrites, ou bien n’y a-t-il plus, depuis un siècle, d’observateurs avertis sur place? Pourquoi apparaissent-elles en abondance plutôt en hiver, plusieurs jours de suite, et disparaissent-elles ensuite pour longtemps?

 

Que sait-on des dolioles ?

Ces deux espèces étranges sont nettement parentes des dolioles. La biologie et peut-être aussi l’écologie des espèces communes de dolioles sont maintenant bien connues. Le cycle biologique de la doliole montre une grande complexité. Les différents individus (oozoïdes, phorozoïdes, gonozoïdes, gastrozoïdes) aux rôles fonctionnels différents ont été récoltés, dessinés et photographiés. L’oozoide de doliole, c’est à dire la nourrice, avec son tube stolon a été photographiée en mer par des plongeurs naturalistes (19) et a aussi été obtenue par élevage au laboratoire (20). Braconnot J.C. a décrit la variation annuelle de leur abondance dans la rade de Villefranche, et a découvert les larves de quelques espèces (21). Alors, pourquoi l’anchinie et la dolchinie restent-elles mystérieuses ? Sont-elles oubliées ? Korotneff avait la réponse : elles sont rares.

 

Maintenant, les deux genres sont rangés dans l’arbre phylogénétique des êtres vivants par les taxonomistes qui suivent les règles internationales de l’antériorité ou de la parenté (22). La belle histoire du parrainage de la dolchinie par les trois zoologistes est effacée par son rattachement au genre Dolioletta.

---- Dolioletta mirabilis (Korotneff, 1891) n’a jamais été revue à Villefranche, sauf peut être, dans les années 60, par Jean Claude Braconnot, qui a reconnu dans le plancton de la rade de Villefranche, un individu qui se serait détaché d’un tube gélatineux de dochinie (Thèse, 1967).

---- L’anchinie devient maintenant Doliopsis rubescens Vogt, (1854). Elle est toujours considérée comme une espèce rare (R).

 

Un inventaire des rencontres est indispensable :

 

On cherche toujours le nageur, le pêcheur ou le plongeur, qui aurait vu, sans le faire savoir, une de ces espèces en Méditerranée.

 

Si vous rencontrez ces étranges animaux, notez le lieu, la profondeur, le jour et l’heure de l’observation. Envoyez un message au LOV avec une photographie (lov@obs-vlfr.fr). Le premier qui rapportera un tube de Doliopsis rubescens ou de Dolioletta mirabilis, avec la nourrice, ou une photo in situ, aura son portrait sur le site web du laboratoire.

 

L’histoire de ces curieuses espèces n’a pu être tracée que grâce aux ressources en livres et tirés à part, sur étagères dans la bibliothèque de l’Observatoire Océanologique de Villefranche sur mer. La bibliothèque conserve les documents du laboratoire de Korotneff (Laboratoire de zoologie russe de Villefranche). En franchissant le seuil de la Bibliothèque, on doit avoir une pensée pour Basile Uljanin, l’homme des dolioles du golfe de Naples, car on est environné par ses livres et ses revues depuis 1890, puisque Korotneff a pu acheter sa bibliothèque, après son décès.

 

Notes et Références

(13) - Korotneff A. (1904) p 481 

(14) - Korotneff A. (1904) p 483

(15) - Korotneff A. (1904) Notes sur les Cyclomyaires. Mittheilungen aus der Zoologischen Station zu Neapel, 16, 480-488, 1 pl. 

(16) – Première phrase de l’article de Korotneff (1891) (12), p. 187). Il a l’habitude de faire des remarques très générale dans ses publications zoologiques.

(17) - Korotneff A. (1904) Über den Polymophismus von Dolchinia. Biologisches Centralblatt, t. 24, p 61-65.

(18) - Korotneff A. (1904) p 487

(19) – PhotographieNouvelle fenêtreNouvelle fenêtre d’une nourrice de doliole avec son tube colonial DORIS, 17/6/2012: Dolioletta gegenbauri (Uljanin,1884)

(20) - Paffenhöfer G. et Köster M. (2011). From one to many : on the lifecycle of Dolioletta gegenbauri Uljanin (Tunicata, Thaliacea). Journal of Plankton Research, 33 : 1139-1145.

(21) - Braconnot J.C. (1970) Contribution à l’étude biologique et écologique des Tuniciers pélagiques Salpides et Doliolides. Thèse d’Etat. 119 p.

(22) – WoRMS – World Regiser of Marine Species – site de référence pour la taxonomie.

Uljanin B.A. (1884) Die Arten der Gattung Dolilum im Golfe von Neapel. Fauna und Flora des Golfes von Neapel, 8, p1-140, 12 pl.

 

----------------------c-----------------------------------------------------

PN 16-3-15 ---31/3/15---1/4/15—3/4/15--7/4/15—9/4/15

----------------------c-----------------------------------------------------

Merci à Martine Fioroni et Olivier Boebion