Aller au contenu Aller au menu Aller à la recherche

Le laboratoire - Laboratoire d'Océanographie de Villefranche-sur-Mer
Unité Mixte de Recherche 7093 – CNRS/UPMC

Tutelles

UPMC

UPMC

CNRS

Lettres Ecologiques

Les lettres écologiques sont destinées à rappeler quelques événements dans la vie des zoologistes qui ont travaillé à Villefranche-sur-mer,  leurs  découvertes et les méthodes qu’ils ont utilisées à la fin du 19ème  et au début du 20ème siècle.

 

Lettre écologique 1:

L'Anchinie, une ...

» En savoir +

Chiffres-clé

Effectifs du LOV - Décembre 2016 (80)
  • Personnel statutaire (50)

- 32 Chercheurs et Enseignants Chercheurs

- 18 personnels techniques et administratifs

  • Personnel non statutaire (37)

- 10 Post-doc

- 7 CDD

- 13 Doctorants

Lettre Ecologique n°1- L'Anchinie

Episode 3 - Un animal étrange a été trouvé dans la rade de Villefranche  - Une étude complète est nécessaire

 

L’hiver suivant, en janvier et février 1884, Barrois récolte à nouveau dans la rade de Villefranche ces tubes énigmatiques qui, curieusement cette fois, ressemblent à ceux décrits par Vogt en 1852. Barrois décide alors de faire un travail anatomique complet et en particulier il veut approfondir les liens entre un cordon de cellules, qui ressemble à un stolon germinatif, les bourgeons qui s’en détachent, et aussi les individus structurés (les zoïdes) sur lesquels on peut identifier les organes. C’est la morphogenèse qui l’intéresse.

Barrois demande à Korotneff qui est venu pour l’hiver à Villefranche de lui montrer les préparations histologiques de l’anchinie qu’il a faites l’année précédente. Korotneff lui passe ses lames histologiques et aussi des échantillons d’anchinie qu’il a conservés. Barrois observe, fixe, coupe, colore les lames histologiques. Il regarde les lames de Korotneff. Certaines coupes sont un peu fripées, mais d’autres sont excellentes et il dessine des structures intéressantes. Avec ses propres préparations, il décrit toutes les étapes du développement des bourgeons. Il couvrira ainsi cinq planches lithographiées qui illustreront la publication qu’il prépare.

Barrois comprend, en s’appuyant sur le travail d’Uljanin, que ces morceaux de tubes appartiennent au stolon du stade nourrice d’une doliole qui est probablement de grande taille. Certains bourgeons sont des individus nourriciers tandis que d’autres sont des reproducteurs. La publication de Barrois, dans laquelle il décrit méthodiquement  tous les éléments cytologiques qui s’observent dans le tube gélatineux, et énonce plusieurs hypothèses, sera publiée en 1885, en français, dans le Journal de l’Anatomie et de la Physiologie (8).

 

Deux individus âgés (zoïdes) détachés du tube gélatineux de l’anchinie. A gauche un individu sexué, à droite un individu asexué (planche XII, Barrois, 1885). 

 

Il détaille toutes les variantes des cellules isolées et des amas de cellules, dans lesquels on peut suivre la morphogénès des organes essentiels. Il examine encore les grandes cellules amiboïdes qui entraînent des amas de petites cellules. Chez les dolioles ces groupes de cellules sont détachés d’un stolon situé ventralement, et transportés sur l’appendice dorsal de la nourrice. Il pense avoir vu sur certains tubes de l’anchinie une chaîne de cellules qui serait ce stolon qu’il qualifie de « prolifère ». Pour appuyer cette comparaison, Barrois dessine une nourrice de Doliole en mettant en évidence le trajet des bourgeons du stolon prolifère. Uljanin vient de terminer son ouvrage sur le cycle morphogénétique des dolioles, qui est une solide référence.

Barrois identifie des oeufs (ovules) sur certaines coupes de zoïdes portant des gonades, mais on ne sait pas si les zoïdes se détachent du tube et on ne connaît pas les larves. Bien sûr on peut supposer que le cycle biologique de l’anchinie a des analogies avec celui de la doliole.

 

Cet hiver 1883-1884, Nicolas Wagner, professeur à St Petersbourg, est venu à Naples (9). Il a lui aussi parcouru l’article de Kowalevsky et Barrois, et reconnaît Anchinia dans les pêches de plancton qu’on lui apporte. Aussitôt, il entre dans la course pour décrire cet animal étrange. Justement, c’est la première fois qu’on signale Anchinia dans les eaux du golfe, et l’animal ne ressemble pas exactement à celui qui a déjà été décrit à Villefranche.

« Ces individus avaient été recueillis en abondance pendant tout le mois de novembre et de décembre aux environs de l’île de Capri; mais presque tous les exemplaires que l’on m’apportait ne possédaient rien de semblable à un stolon. Dans deux cas seulement, j’ai vu cet organe qui, pas sa grandeur aussi bien que sa structure, ne ressemblait nullement au stolon décrit par MM Kowalevsky et Barrois » (9b).

Comme les autres zoologistes, il cherche d’abord une revue qui publie rapidement pour annoncer son travail. Il faut prendre date dans la compétition. Il envoie donc une communication sur le sujet à l’Académie des Sciences de Paris qui sera lue par Henri Lacaze Duthiers et publiée en octobre 1884 (10).  

Après un séjour de 5 mois à Naples, Wagner quitte le laboratoire le 16 avril 1884 et voyage jusqu’à Villefranche pour montrer ses dessins de l’anchinie à Barrois.  Il a aussi préparé un texte plus détaillé qui sera publié en 1885, dans les Archives de Zoologie expérimentale et générale (11). Dans cet article de 37 pages, Wagner montre avec beaucoup de détail l’anatomie d’un zoïde adulte, en particulier le ganglion nerveux et les cellules pigmentaires qui sont concentrées sur le pédoncule. Les trois planches lithographiées fournissent des dessins d’une grande précision.

 

Au début de l’année 1885, personne ne signale l’arrivée de tubes d’anchinie à Villefranche. Il faut dire que les zoologistes du laboratoire sont très occupés cette année là. Barrois termine son installation dans la Maison Russe. Fol se passionne pour la pénétration de la lumière dans la mer, et essaie l’appareil qu’il a fait construire pour exposer une plaque photographique en profondeur. Korotneff est loin. Il explore les côtes des Iles de la Sonde. C’est un long voyage : Moscou, Odessa, Djakarta et retour. Il ne reviendra à Villefranche que 6 mois plus tard, à la fin de l’année 1885. On ne sait où se trouve Wagner. Personne ne cherche l’anchinie ! L’animal est-il oublié ou bien a-t-il disparu ?

 

L’histoire n’est pas finie.

(à suivre)

 

Notes et Références

(8) - Barrois J. (1885) Recherches sur le cycle génétique et le bourgeonnement de l’Anchinie. Journal de l’Anatomie et de la Physiologie, 2, p. 193- 267, 5 pl.

(9) – Wagner peut être aussi être écrit Vagner. Voir Fokin et Groeben (2008) p 184. Fokin S.I., Groeben C. (2008) Russian scientists at Naples Zoological Station 1874-1934. Publicazione della Stazione Zoologica Anton Dohrn. III, Giannini Editore, Napoli, 187p.

(9b) – Wagner, N. (1885) p.151 : lieu des récoltes de Nicolas Wagner

(10) - Wagner N. (1884) Sur la formation de l’Anchynie. Comptes rendus des séances de l’Académie des Sciences, Paris, 99, p 615-616

(11) - Wagner N. (1885) Sur quelques points de l’organisation de l’Anchynie. Archives de Zoologie Expérimentale et Générale, 2e serie, t. 3, p. 151-188, 2 pl.