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actualités - Laboratoire d'Océanographie de Villefranche-sur-Mer
Unité Mixte de Recherche 7093 – CNRS/UPMC

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Le professeur Youssef Halim est décédé le 18 mai 2015

Crédit JJ Pangrazi

En 2010, L’Observatoire Océanologique de Villefranche avait invité un naturaliste, professeur de l’Université d’Alexandrie, à paticiper à la célébration des 125 ans de la fondation d’une Station marine à Villefranche. Ce n’était pas un visiteur de passage, mais un ancien thésard de la Station Zoologique:

« Nous serions particulièrement honorés de la présence du professeur Youssef Halim, de l’université d’Alexandrie, à cette manifestation. Il a en effet débuté ses études à la Station zoologique et soutenu en 1954 une thèse remarquable sur les Dinoflagellés du plancton de la rade de Villefranche. Compte tenu de sa compétence et de sa longue expérience dans les sciences de la mer, ce serait pour nous un grand plaisir de lui présenter l’éventail des thèmes de recherche de l’Observatoire océanologique et aussi de comparer avec lui les conditions de travail et de vie des jeunes scientifiques des années 50 à celles de nos jours. » (extrait de la lettre d’invitation envoyée au doyen de l’Université d’Alexandrie par le directeur de l’OOV en 2010).

Youssef Halim a été le premier à décrire, dans les années 50, la structure hydrologique de la mer dans la rade et à faire l’étude systématique de ses caractéristiques physiques et chimiques. Il a montré l’importance d’une station de référence dans la rade de Villefranche, initiative qui sera continuée jusqu’à nos jours. On lui doit donc l’introduction de l’océanographie à la Station zoologique de Villefranche. Cette description du milieu lui a permis de faire la première étude écologique d’un groupe important du microplancton, les dinoflagellés.

Pour faire ce travail, sous la direction de Grégoire Trégouboff, directeur de recherche au CNRS et directeur local de la Station Zoologique, il a peu de moyens, mais il a le soutien de Louis Fage, professeur à l’Institut océanographique, qui aura plus tard un rôle très important dans le développement de l’Océanographie en France. Avec le nouveau bateau de la Station zoologique, la Sagitta, dont le patron est François Raibaud, il sort en mer, chaque mois, muni d’une bouteille hydrologique Nansen, de deux thermomètres à renversement, d’un petit filet à mailles fines et d’un ensemble de flacons. Mais il y a d’autres opérations océanographiques sur une ligne de station dans l’axe de la rade. Il bénéficiera alors d’un bateau plus grand, le Passeur du Printemps, du Centre de Recherches Océanographiques d’Antibes.

C’est une approche très moderne, multiparamétrique qu’il développe avec les conseils de L.H.N. Cooper, le chimiste du Laboratoire de Plymouth, et met rapidement au point les méthodes pour la mesure ou le dosage de la salinité, de l’oxygène, des phosphates, des nitrates, de l’alcalinité totale et du pH. Les Dinoflagellés seront étudiés dans les échantillons du filet fin ou par la sédimentation d’un litre d’eau de mer. Cette dernière méthode lui permettra de décrire la distribution verticale des espèces comme le faisait, pour les coccolithophorides, Francis Bernard, à Monaco ou à Alger.

Youssef Halim identifie 198 espèces de dinoflagellés dans la rade et apporte des informations originales sur les préférences écologiques des plus fréquentes. Il découvre deux espèces nouvelles dans ce peuplement, qu’il dédie, l’une à son tuteur, Peridinium tregouboffi et l’autre à Villefranche, Histioneis villafranca.

 

Dans ce contexte, l’étude des dinoflagellés dépasse l’inventaire taxonomique et la description des variations temporelles. Elle aborde l’écologie des espèces et l’infuence des événements hydrologiques. Cette thèse marque l’apparition d’une orientation nouvelle, l’écologie et l’océanographie, dans cette Station zoologique, qui se consacrait, depuis des années, à la taxonomie, la zoologie comparée et l’embryologie.

Il suffit d’imaginer le temps passé pendant trois ans, pour les prélèvements en mer, les dosages et les comptages, pour comprendre les efforts qu’a demandé ce travail.

Dans les années 50, la Station zoologique, dépendance du laboratoire Arago de Banyuls parce que rattachée à la faculté des Sciences de Paris, était en veille une partie de l’année. C’était une station de terrain, comme presque toutes les stations marines, c’est à dire qu’elle ne s’animait qu’aux vacances universitaires. Pourtant quelques naturalistes y travaillaient toute l’année. En 1953, il n’y avait pas plus de 4 permanents, le directeur, le pêcheur et deux thésards, mais à Pâques, des étudiants et des enseignants de diverses universités, des chercheurs, arrivaient pour récolter et étudier le plancton ou bien travailler sur des animaux que le pêcheur rapportait. Plusieurs jeunes étudiants venaient donc récolter le matériel biologique nécessaire pour leur thèse.

Il y avait, venant d’Alger, Monique Enjumet (1) pour les radiolaires, de Liège, Jean Godeaux pour les salpes et de Bologne, Elvisio Guirardelli pour les chaetognathes. Robert Fenaux, à qui Trégouboff avait donné un sujet de thèse sur les Appendiculaires complétait la liste des amis de Youssef Halim.

En juillet 1956, la thèse est soutenue à la Faculté des Sciences de Paris, à la Sorbonne, devant le jury composé des professeurs Pierre Drach océanographe, Jean Feldmann algologue et Jacques Bourcart, géologue. Youssef Halim remercie bien sûr le Professeur Hussein Faouzi du département d’Océanographie d’Alexandrie qui lui a permis de venir à Villefranche.

De retour en Egypte, Youssef Halim initie des travaux en océanographie et sur le phytoplancton qui lui permettent de produire une contribution remarquable à l’étude de la Mer Rouge. Le professeur Halim a développé l’enseignement des Sciences de la mer et il a eu un impact important sur la recherche en Méditerranée à travers les réunions internationales auxquelles il a participé. Ses avis parfaitement motivés étaient très écoutés en particulier lors des réunions organisées par la CIESM (2).

(1) Monique Enjumet se mariera avec Jean Cachon, assistant au latoratoire de zoologie d’Alger. Ils viendront travailler à Villefranche en 1962 lorsque Jean Cachon sera nommé professeur à l’Université de Nice.

(2) Commission Internationale pour l’Exploration Scientifiques de la Méditerranée.

Paul Nival, 10 mars 2016  

 

Le texte suivantNouvelle fenêtre, écrit par le Professeur Amany Ismail, donne des détails sur sa carrière à l’Université d’Alexandrie.

Crédit Photo : Jean-Jacques Pangrazi (OOV)